Humeurs baladeuses
Mettez la passoire sur la tête mamie…

“ Vous voulez bien mettre cette passoire sur votre tête, mamie ? ”. Le photographe a du lui demander cela avec une voix douce, un peu gêné. Ils se connaissent bien tous les deux, ce n’est pas la première fois qu’elle pose pour lui.

Lui, il est photographe. Il a quelques expos derrière lui, dont une sur les calvaires normands qui lui avait valu deux ou trois beaux articles dans les magazines spécialisés. Mais il faut bien faire bouillir la marmite, alors il fait surtout des photos de pub. Pas de ces grandes campagnes où il faut shooter des mannequins superbes dans des voitures dont le prix devrait comporter la mention “ AOC CAC40 “. Non, lui, il fait dans la publicité de tous les jours. Il prend des dizaines et des dizaines de photos qui alimentent les banques d’images. Ces sites sur lesquels les créatifs viennent piocher un cliché qui leur donnera une idée pour composer une pub. Alors il shoote, encore et encore. 
Des jeunes femmes souriantes dans à peu près toutes les positions et dans des tenues passe-partout ” Shooterstock a des clients dans 72 pays, vos clichés doivent donc être le moins clivant possible, utilisables partout et dans toutes circonstances ” explique d’ailleurs le petit manuel qui lui a été envoyé lorsqu’il s’est inscrit. Alors il shoote sans goût, sans aspérité, pour ne pas être clivant. 
Des jeunes couples à la chevelure blonde et à la mâchoire carrée, souriant dans un lit (cela fera une pub pour les matelas, les prêts immobiliers ou le confort des fenêtes en PVC). 
Des trios en costumes-cravates-tailleur devant un ordinateur qui illustreront des programmes de formation en management ou le powerpoint des résultats annuels de dizaines de PME.
Des seniors (” vieux ” c’est trop clivant) se baladant dans la campagne ou préparant un petit déjeuner dans un beau rayon de soleil.

Et une mamie avec une passoire sur la tête. C’est son petit grain de folie, sa rebellion à lui dans ce monde de photo aseptisé et non-clivant. “ Vous voulez bien mettre cette passoire sur votre tête, mamie ? ” lui a-t-il demandé d’une voix douce et un peu gênée. Elle a eu un petit temps d’arrêt. A posé cette passoire sur ses cheveux blancs, avec un sourire. “ Ne souriez pas mamie, au contraire ”. Lui demander de sourire avec une passoire sur la tête, c’était trop. Et il avait envie d’une photo qui les dérange, là bas, chez Shooterstock. Qui fasse tâche dans les dizaines de milliers d’images bien lisses qu’ils proposent sur leur site. Une mamie avec une passoire sur la tête et faisant la gueule. Cette petite provoc lui a redonné le sourire. Le lendemain, il attaquait une nouvelle série sur les vieux manèges.

Et puis ce matin, en lisant le journal, il est tombé sur sa mamie, avec sa passoire sur la tête. Dans une pub pour un coca breton proposant de gagner une moto. Avec une bulle en légende : ” Ca tombe bien, j’ai déjà le casque ”. Au moins, elle ne sourit pas, c’est toujours ça de gagné…

Mettez la passoire sur la tête mamie…

“ Vous voulez bien mettre cette passoire sur votre tête, mamie ? ”. Le photographe a du lui demander cela avec une voix douce, un peu gêné. Ils se connaissent bien tous les deux, ce n’est pas la première fois qu’elle pose pour lui.

Lui, il est photographe. Il a quelques expos derrière lui, dont une sur les calvaires normands qui lui avait valu deux ou trois beaux articles dans les magazines spécialisés. Mais il faut bien faire bouillir la marmite, alors il fait surtout des photos de pub. Pas de ces grandes campagnes où il faut shooter des mannequins superbes dans des voitures dont le prix devrait comporter la mention “ AOC CAC40 “. Non, lui, il fait dans la publicité de tous les jours. Il prend des dizaines et des dizaines de photos qui alimentent les banques d’images. Ces sites sur lesquels les créatifs viennent piocher un cliché qui leur donnera une idée pour composer une pub. Alors il shoote, encore et encore.
Des jeunes femmes souriantes dans à peu près toutes les positions et dans des tenues passe-partout ” Shooterstock a des clients dans 72 pays, vos clichés doivent donc être le moins clivant possible, utilisables partout et dans toutes circonstances ” explique d’ailleurs le petit manuel qui lui a été envoyé lorsqu’il s’est inscrit. Alors il shoote sans goût, sans aspérité, pour ne pas être clivant.
Des jeunes couples à la chevelure blonde et à la mâchoire carrée, souriant dans un lit (cela fera une pub pour les matelas, les prêts immobiliers ou le confort des fenêtes en PVC).
Des trios en costumes-cravates-tailleur devant un ordinateur qui illustreront des programmes de formation en management ou le powerpoint des résultats annuels de dizaines de PME.
Des seniors (” vieux ” c’est trop clivant) se baladant dans la campagne ou préparant un petit déjeuner dans un beau rayon de soleil.

Et une mamie avec une passoire sur la tête. C’est son petit grain de folie, sa rebellion à lui dans ce monde de photo aseptisé et non-clivant. “ Vous voulez bien mettre cette passoire sur votre tête, mamie ? ” lui a-t-il demandé d’une voix douce et un peu gênée. Elle a eu un petit temps d’arrêt. A posé cette passoire sur ses cheveux blancs, avec un sourire. “ Ne souriez pas mamie, au contraire ”. Lui demander de sourire avec une passoire sur la tête, c’était trop. Et il avait envie d’une photo qui les dérange, là bas, chez Shooterstock. Qui fasse tâche dans les dizaines de milliers d’images bien lisses qu’ils proposent sur leur site. Une mamie avec une passoire sur la tête et faisant la gueule. Cette petite provoc lui a redonné le sourire. Le lendemain, il attaquait une nouvelle série sur les vieux manèges.

Et puis ce matin, en lisant le journal, il est tombé sur sa mamie, avec sa passoire sur la tête. Dans une pub pour un coca breton proposant de gagner une moto. Avec une bulle en légende : ” Ca tombe bien, j’ai déjà le casque ”. Au moins, elle ne sourit pas, c’est toujours ça de gagné…

  1. egaucher a publié ce billet